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mai/juin 2006

La complexité, boîte de Pandore ?

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Qui s’intéresse à l’écologie est tout naturellement attiré par la complexité, compagne de tout écosystème.

Un éminent professeur qui devait prononcer une conférence sur la complexité nous annonça que le sujet étant bien trop compliqué à expliquer, et nos capacités de compréhension bien trop réduites, il avait résolu de parler d’autre chose.

Trop compliquée à expliquer ? Pas si sûr !

Un physicien, alors président de l’Institut de la complexité, à Santa Fé, a pu définir la complexité d’une façon lapidaire : « la complexité c’est lorsque le tout est plus que la somme des parties. »

Et les systémiciens de proposer une représentation éclairante de cette définition : un nœud. Que ce soit celui fait sur une ficelle, une corde ou un bout, pour user du langage des marins. Toutes les parties de la corde sont restées identiques, et pourtant on a introduit là quelque chose de plus, que, faute de mieux, nous appellerons « le secret du nœud ».

Or, il est dans l’histoire un nœud célèbre : le nœud gordien.

Gordios, paysan de Phrygie, monté sur son char se dirige vers le temple de Zeus. Il rencontre la foule de ses compatriotes qui se cherchent un roi. « Ce sera la premier que vous trouverez, allant vers le temple de Zeus » leur avait prédit l’Oracle. Voilà Gordios roi ! Pressé par les siens de rejoindre son trône, il n’a que le temps d’accrocher son char au temple par un nœud dont, seul, il a le secret.

Ce nœud, personne ne saura le défaire, et l’oracle s’en mêle, promettant la conquête de l’Asie toute entière à qui y parviendra.

Survient Alexandre. L’histoire est connue : de son épée il tranche le nœud gordien. Mais voilà, Alexandre a triché et Plutarque a menti.

S’il a pu tromper les hommes, Alexandre n’a pu abuser les dieux : il n’achèvera pas sa conquête ; car le voilà mourant à Babylone tandis que ses généraux, les diadoques, se déchirent déjà pour son empire, avant de se disputer sa dépouille.

Les systémiciens voient dans le geste d’Alexandre, élève d’Aristote, le refus de la pensée grecque de répondre au défi de la complexité.

Avec la méthode réductionniste, conceptualisée un jour par Descartes, la science occidentale, héritière de la pensée grecque, va, tout d’abord, comme Alexandre, multiplier les conquêtes, en tranchant dans la complexité des choses. Mais voilà qu’un jour, elle va se trouver aux prises avec ses multiples contradictions.

Ainsi avions-nous imaginé depuis toujours que notre sœur la lumière, libre de toute attache, dansait joyeusement à travers l’univers tout entier « comme Cécile au premier bal », jusqu’à ce qu’Einstein découvre à notre danseuse étéhérée des semelles de plomb. Alors, l’espace se courbe autour des masses célestes, le temps se relativise, et notre univers se complexifie, avec ses trous noirs, ses mirages gravitationnels, pour devenir « cet univers chiffonné » selon le mot d’un astronome contemporain : Luminé.

Les physiciens de l’infiniment petit vont de leur côté découvrir un monde tout aussi complexe.

Un texte sacré des Vedas, vieux de quelques 3800 ans, va leur servir de paragdime dans la représentation qu’ils nous proposent de l’univers quantique : « Le ciel d’Indra est fait de perles, disposées de telles sortes que chaque perle est elle-même, en même temps que le reflet de toutes les autres. » Et Brian D. Josephson, prix Nobel de physique, d’écrire : « l’analyse judicieuse des processus d’observation en physique quantique montre que les particules atomiques n’ont aucun sens comme entités isolées. Elles ne peuvent se comprendre que comme des interconnexions entre la préparation d’une expérience et les mesures subséquentes ». Tandis que pour Werner Heisenberg, le célèbre inventeur des relations d’incertitude : « le monde nous apparaît comme un tissu complexe d’événements, où les liaisons en tout genre alternent, se chevauchent, ou se combinent, déterminant ainsi la texture de l’ensemble ».

Et si nous revenions à nos moutons de l’Écologie, nous dirons certains, en nous parlant, par exemple, de quelques écosystèmes plus terre à terre.

Bien volontiers. Alors faisons un rêve.

Pour avoir frotté une vieille lampe à huile, abandonnée par l’océan sur le sable d’une de nos plages, voilà qu’un djinn nous est apparu.

« N’espérez pas, nous dit-il, quelque enrichissement personnel type Aladin, maintenant notre ONG “Djinns sans Frontières” a pour vocation le seul bonheur collectif de l’humanité. Et de nous proposer d’en finir, une fois pour toutes, avec notre ennemi héréditaire : les virus.

Pas seulement les virus, nous dit-il, mais aussi les virions, « éternels et muets, ainsi que la matière » qui, tapis, partout, dans les tièdes mangroves, les vertigineuses canopées, et jusque dans les tombeaux des pharaons, attendent la rencontre de quelque ADN pour émerger à la vie et faire surgir les pandémies de demain.

« Sans virus, dit notre djinn, plus de fièvre jaune, de dengue, d’hépatites, de ces horribles fièvres que sont Lassa, Ebola, Marburg, et j’en passe… Vos spécialistes en ont répertorié quelques 30.000, parmi la multitude que seul le Tout-puissant connaît, et enfin plus de sida. »

Voilà donc qui est tentant. Mais, tout le monde vous le dira, il faut être très prudent avec les djinns, qui, si puissants soient-ils, sont toujours, par quelque côté, un peu étourdis.

Aussi poserons nous la condition essentielle : « victoire totale sur les virus, oui, mais en y survivant. »

Heureuse réserve. Notre djinn philanthrope a tout simplement oublié les océans, au sein desquels s’est créé un fabuleux écosystème entre bactéries et virus bactériophages. Les restes des bactéries, détruites par les virus, nourrissent le zooplancton, base avec les phytoplanctons de la vie des mers. Sans ces virus, nos océans deviendraient une soupe bactérienne, et nous n’y survivrions pas.

Ainsi en considérant les deux extrémités de la chaîne du vivant, des virus et des hommes découvrirons nous que la Nature a fait de la biodiversité, en quelque sorte, l’assurance mutuelle du vivant.

Quelle complexité !

Jacques Gellibert

Société internationale d’écologie humaine