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mai/juin 2017

 

Des fonds culturels et scientifiques des Sociétés savantes

 

Légalement les sociétés savantes ne sont que des associations loi de 1901. Leur ancienneté – beaucoup naquirent au XIXe siècle(1) -, leur histoire et leur vocation scientifique – à l’origine souvent polymathique à l’instar des Académies – leur confèrent une spécificité certaine. Fréquemment reconnues d’utilité publique, elles ont pour objectif de faire progresser la connaissance dans leurs domaines et d’en assurer la plus large diffusion. Régis Bertrand(2) définit la Société savante comme une société qui produit et diffuse de la recherche et comme un groupe organisé dans un champ disciplinaire donné dont les adhérents ont pour objectifs de rendre compte de leurs travaux, d’améliorer la connaissance dans leurs domaines, d’assurer la formation et la recherche, de diffuser les résultats de leurs activités, de soutenir et de promouvoir leur discipline.

Pour y parvenir elles multiplièrent et multiplient les moyens d’actions : conférences publiques, congrès et colloques, concours et prix – à l’imitation des Académies -, cours, ateliers, expositions, collecte d’objets et de documents, publications diverses, constitution de fonds documentaires et de bibliothèques. Les fonds documentaires et les bibliothèques qui en sont partie intégrante sont indissociables de la Société savante, lui sont consubstantiels et indispensables. Fruit d’une politique maintenue sur des décennies, ils se constituèrent par :
- des études, notes et travaux inédits, restés manuscrits des sociétaires ;
- des ouvrages publiés par les sociétaires, souvent avec l’appui de leur Société, faisant part des résultats de leurs travaux ;
- des bulletins et revues publiés par la Société ;
- l’échange desdits bulletins et revues avec ceux des sociétés de même objet des autres départements, voire de l’étranger ; d’où des séries qui, sauf accident ou interruption volontaire de l’échange, sont complètes, tant mortes que vivantes ;
- des achats d’ouvrages, des abonnements ;
- des dons et legs de sociétaires ou personnes extérieures.

Les bibliothèques ainsi formées ont une évidente valeur patrimoniale : par l’ancienneté des ouvrages – certains datent des XVIIe et XVIIIe siècles -, par leur homogénéité disciplinaire et leur provenance géographique – combien de revues notamment, sont inaccessibles ou introuvables à Bordeaux, y compris dans les fonds patrimoniaux de la bibliothèque de Bordeaux ou de la bibliothèque interuniversitaire de Bordeaux, en Gironde, en Nouvelle-Aquitaine, voire en France, et existent auprès des Sociétés savantes ? Leur valeur culturelle et scientifique est aussi indéniable : même quand l’information scientifique n’est plus d’actualité (cela dépend des disciplines) par le progrès des connaissances, ces collections n’en deviennent pas pour autant inutiles et sans intérêt : elles racontent l’histoire des sciences qui est une forme de la connaissance scientifique et culturelle. Les bibliothèques, au même titre que microscopes, télescopes, scanners et ordinaordinateurs, sont des outils de travail nécessaires et indispensables, non seulement pour les sociétaires mais encore pour le public extérieur auquel elles sont généralement ouvertes. La bibliothèque n’est pas seulement un dépôt du savoir, c’est aussi un espace de travail, un lieu de rencontre et d’échanges.

Leur ampleur est variable, de quelques mètres linéaires à des dizaines de mètres linéaires – 357 ml pour la société d’archéologie en 2016, 800 ml et plus de 900 titres de périodiques pour la Société linnéenne, moins de 100 ml pour le Centre généalogique du Sud-Ouest. Véritable richesse des Société savantes, leurs collections et bibliothèques leur sont aussi une lourde charge, et leur devenir est de plus en plus incertain, ainsi que le souligne Jean Duma : « elles sont parfois – souvent – confrontées à des problèmes de place et de mise en disposition de ces ouvrages souvent originaux et très riches. »(3) « On peut brièvement évoquer des problèmes de conservation et de stockage, des problèmes d’inventaire et de catalogage, des problèmes de mises à disposition du public avec des locaux adaptés et accessibles. »(4)

Ces difficultés ne sont pas nouvelles. Le premier Athénée municipal avait été édifié, en 1889, grâce à une partie du legs Godard, par la ville de Bordeaux, à l’initiative de son maire Alfred Daney, pour, outre la tenue de réunions politiques, y établir les Sociétés savantes, et conséquemment leurs bibliothèques et collections diverses. En 1892, pour des motifs de gestion, la Société archéologique de Bordeaux fut amenée à confier sa bibliothèque à la bibliothèque municipale de Bordeaux. Ses ouvrages furent absorbés dans les fonds municipaux. Elle se vit donc contrainte de recréer une bibliothèque propre, dès 1905, qu’elle vient hélas, en 2016, de devoir disperser en grande partie.

À l’occasion du transfert des sociétés savantes, en 1977, de l’hôtel Ragueneau à l’hôtel Calvet où elles sont actuellement, « dès le départ, les sociétés de la rue du Loup avaient projeté, tout en conservant chacune la propriété de leurs ouvrages et collections, de les réunir en commun et de les ouvrir à un public plus vaste que les sociétaires et dès 1972 de l’installer dans la bibliothèque des enfants (Jardin public) […] ou cours pasteur »(5) avec l’accord de la ville. Ce qui ne put se faire, contraignant les sociétés à les répartir dans leurs locaux.

 

Une Société savante privée de fonds documentaire, comme l’arbre de sève ou de nutriment, ne peut que dépérir, réduite au mieux à l’état d’aimable salon ou cénacle sec et sans fruits. Ces fonds doivent aussi être valorisés, et pour cela être plus visibles et mieux connus ; la méconnaissance de leur existence est cause de leur sous utilisation et l’un de leurs points faibles. C’est pourquoi, quelle que soit la solution retenue, celle-ci doit être pérenne. il est hors de question que les Sociétés savantes, se séparant physiquement de leurs fonds, ne puissent par suite de contingences pécuniaires ou matérielles y accéder.

Quel que soit le lieu où se trouvent entreposées les bibliothèques des Sociétés savantes, leur accessibilité est le point fondamental et incontournable ; tant du local que du contenu des fonds. Sur le fond, la proposition émise dès 1972, paraît toujours d’actualité. Savoir :
- mise en commun des fonds de chaque Société en un même lieu, formant ainsi une bibliothèque des Sociétés savantes. seraient toutefois exclus de la mutualisation les usuels (ouvrages de références tels que dictionnaires, catalogues, manuels etc. D’emploi fréquent qu’il est nécessaire d’avoir sous la main, et de par leur caractère spécifique les manuscrits) ;
- chaque Société conserve évidemment la propriété et la maîtrise de ses fonds ;
- ouverture de cette bibliothèque, comme c’est déjà le cas de la plupart des Sociétés de l’USA, à un public autre que leurs sociétaires (étudiants, universitaires, curieux, « grand public ») ;
- un local aux normes, facilement identifiable et accessible, donc dans une zone non périphérique, disposant de réserve de métrage linéaire pour accueillir le temps aidant l’accroissement des collections, lesquelles sont en majorité « vivantes » ;
- une ouverture publique large, indépendante des permanences des sociétés, les jours ouvrables (incluant éventuellement le samedi) et à des plages horaires à définir (au moins une demi-journée) ;
- modalités de consultation et éventuellement de prêt à préciser par les Sociétés propriétaires ;
- nécessité d’un personnel, au moins une personne, dédié, que le bénévolat sur la longue durée pourra difficilement assurer, et qui, salarié, excèderait largement les possibilités pécuniaires de l’USA et de ses Sociétés.

Pour cela et pour une plus grande visibilité et accessibilité :
- constitution, selon les normes en vigueur du catalogue de la bibliothèque des Sociétés savantes et sa mise en ligne ; chaque Société faisant de même pour sa partie ;
- intégration, si possible, du catalogue de la bibliothèque des Sociétés savantes sur des portails internet institutionnels (http://bibliotheque.bordeaux.fr/en-pratique/nos-partenaires.dot, Conseil départemental, régional etc.) ;
- numérisation d’au moins une partie du contenu de la bibliothèque des Sociétés savantes pour mise en ligne, une fois répertorié ce qui est déjà par ailleurs gratuitement accessible (Gallica, etc.) afin d’éviter les doublons, permettant ainsi la consultation en dehors des jours et heures d’ouverture et d’obvier à une éventuelle inaccessibilité matérielle des ouvrages dont s’agit. Se posent néanmoins les questions, et non les moindres, du coût et du financement (numérisation…), et surtout d’un lieu susceptible de l’accueillir, puisque les espaces à ce jour occupés par les bibliothèques des Sociétés savantes en l’hôtel du même nom doivent être évacués. Qui, de la puissance publique ou du mécénat privé, permettra la conservation de ce patrimoine matériel et intellectuel ?

 

Jean-Paul CASSE

Vice-président de l'Union scientifique d'Aquitaine

 

(1) La Société linnéenne de Bordeaux date de 1818 et est la plus ancienne subsistante au monde, après celle de Londres. La société archéologique de bordeaux fut, elle, fondée en 1873. Les autres composantes de l’union scientifique d’Aquitaine virent le jour au siècle dernier.

(2) Bertrand (Régis), Qu’est-ce qu’une société savante, Cths, bulletin de liaison des sociétés savantes, n° 1, via GuiLLot (Muriel) & roseLLo (Jocelyne), « une société savante : de quoi parlons-nous ? L’Arsi : une société savante ? », Recherche en soins infirmiers, 1/2008 (N° 92), p. 3-4.

(3) Duma (Jean) « Présentation », Sociétés savantes, collections et expositions, Cths, bulletin de liaison des sociétés savantes, n° 18, p. 3-5 (p.4).

(4) Id., p. 5

(5) Casse (Jean-Paul), « Prémices de l’Union scientifique d’Aquitaine », Mois scientifique d’Aquitaine, 303-304 (nov.-déc. 2009), p. 1-2 (p. 2 a).