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septembre/octobre 2013

 

Deux objets publicitaires libournais

 

Le XXe siècle vit une éclosion sans précédent d’objets destinés à « faire la réclame », comme on disait alors, des produits et des commerces les plus divers ; c’est le cas des deux objets présentés ici.

I) Un porte-montre

Cet objet est en terre cuite de forme circulaire (diamètre 195 mm, ép. 6 mm). L’avers représente l’hôtel de ville de Libourne ; en sa partie supérieure, on peut lire : « À la botte de Saumur », sur le côté gauche : « Libourne » et en bas : « Ch. Bronner 84 rue Gambetta ». En haut, à gauche, un petit crochet de fer planté dans la terre cuite permet de suspendre une montre ronde, celle-ci trouvant sa place dans une petite cavité circulaire (diamètre 45 mm) prévue à cet effet. en la partie supérieure du listel, le porte-montre comporte un petit anneau de fer permettant de l’accrocher à une pointe plantée dans un mur et, au revers, le cachet du fabricant : « G D Paris Déposé Terre cuite réclame 65 Faubg Poissonnière ».

La datation de cet objet est relativement facile car la façade de l’hôtel de ville est celle qui existait avant les restaurations effectuées en 1914. Quant à la maison Bronner qui portait pour enseigne « À la botte de Saumur », on trouve trace de son activité de 1894 à 1938 dans les Annuaires de la Gironde : de 1894 à 1921 sous le nom de Charles Bronner puis, de 1922 à 1938 sous le nom de veuve Bronner. Comme il semble difficile que l’industriel parisien se soit déplacé à Libourne pour prendre une photographie ou un croquis de l’hôtel de ville, c’est certainement le commanditaire qui lui fit parvenir un modèle. Cette source iconographique est peut-être la carte postale n° 472 de l’éditeur henry Guillier intitulée : « Libourne. L’Hôtel de Ville (XVIe siècle) », ce qui affine encore la datation de notre porte-montre qui doit donc se situer vers 1903. C’est un objet dont on ne connaît pas d’autres exemplaires.

La maison où se trouvait le magasin « À la botte de Saumur » portait du temps de la famille Bronner le numéro 84 de la rue Gambetta ; elle porte aujourd’hui le numéro 86 mais, détail insolite, sans interruption, jusqu’à maintenant, son magasin abrita un commerce dévolu à la vente de chaussures.

 

II) Une affichette offerte par le Bazar de l’hôtel de Ville

Cette affichette de 0,48 m de hauteur sur 0,30 m de largeur est une de ces images que les brocanteurs vendent aujourd’hui sous le nom de « chromolithographies publicitaires » alors qu’il ne s’agit que d’une impression faite à des milliers d’exemplaires par le procédé de la photogravure. Elle reproduit un tableau du peintre René Péan (1875-1945), artiste bien oublié maintenant mais qui connut, en son temps, son heure de gloire en représentant ses scènes espagnoles.

L’affichette porte en sa partie supérieure à droite la mention « Offert par le Bazar de l’Hôtel de Ville Libourne ». Ce magasin situé place Abel Surchamp aux numéros 32 et 33 était une véritable institution dont la variété et la qualité des articles présentés attira une très nombreuse clientèle pendant des décennies. Vendant surtout, jusqu’aux années 1920, des objets utilitaires, le magasin proposa plus tard une gamme très étendue d’articles variés. La particularité de cet établissement dans les années 1950 résidait dans l’élaboration particulièrement soignée de ses étalages qui étaient conçus en fonction des évènements et des saisons. en particulier lors des fêtes de fin d’année où, au sortir de l’école, les enfants pouvaient admirer dans un décor de carton moulé et peint, nouveau chaque année, des trains électriques circulant dans un paysage montagneux, se croisant et se dépassant dans une gare dont chaque détail était minutieusement reproduit.

La période du Carnaval, elle, voyait l’éclosion dans sa vitrine de masques en carton moulé, de loups de velours ornés de paillettes et d’accessoires de cotillons.

L’affichette du « Bazar de l’hôtel de Ville » présentée ici dut être offerte à l’occasion de Noël, sans doute dans les années 1930. C’est un des rares souvenirs parvenus jusqu’à nous de cette prestigieuse maison disparue au début des années 1970, qui laissa de si agréables souvenirs à plusieurs générations de Libournais.

La plupart des objets qui furent vendus dans ce magasin se retrouvent aujourd’hui chez les brocanteurs qui en demandent des prix pour le moins étonnants. Quand on sait que, dernièrement un brocanteur demandait 50 € d’une de ces têtes de chat en tôle peinte en noir, munie de deux billes de verre incolore à la place des yeux, objet que le Bazar de l’hôtel de Ville vendait encore à la fin des années 1950 pour une somme dérisoire aux propriétaires d’arbres désireux d’effrayer les moineaux, on ne peut que rester rêveur…

 

Jean-François Fournier

Société Archéologique de Bordeaux